Comprendre les psychoses : Les hallucinations 2/3

Sciences du langage
- 2 - 
l'hallucination auditive



Un phénomène linguistique majeur.
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-Divisions du texte :
- 1re partie : - Jeter un pont entre linguistique et psychiatrie, quelques notions préalables. (1255 mots)
- 2ième partie : -Comment évite-t-on la psychose? (1271 mots)
- 3ième partie : -Le système des hallucinations. (1405 mots)

Lien vers les illustrations cliniques (lecture préalable recommandée pour les personnes peu familiarisées avec cette pathologie) :
le cas Schreber
, la conviction dissidente. Niveau de lecture : public intéressé.
 



Comment échappe-t-on à la psychose?
Crise oedipienne et conflit contigu/similaire
Comment ne devient-on pas psychotique.
1) éloignement et dissemblance.
2) les doubles et le tiers symbolique.
En l'absence de symbole. 



Crise oedipienne et conflit contigu/similaire.
Dans la succession des âges (diachronie), il apparaît clairement que le fils, a pour destin de devenir similaire au père (être père) alors que dans sa position de fils (avoir un père) il fait partie d'un même ensemble et entretient avec lui des liens de proximité - contiguïté.

Ce que nous savons de l'antagonisme contigu / similaire montre que, sur ce point surgit une opposition critique,
la similarité étant impossible dans la contiguïté. On ne manquera pas de noter que cette crise :

- d'une part, sous le nom de
crise oedipienne constitue le point central des théories analytiques ;
- d'autre part objective au mieux le conflit des ordres antagonistes que nous a fait connaître la
linguistique structurale.
La mort du père, le meurtre du père, et toute la problématique des psychoses rejoint l'antagonisme contigu / similaire, générateur de crise d'abandon de deuil et de mort.
Le devenir fils => père étant inéluctable, nous pouvons nous autoriser à renouveler la question des psychoses en la posant sur un mode inversé : comment, dans le développement normal des individus, cette crise est-elle évitée ?
Pourquoi ne devient-on pas psychotique.
En premier lieu les solutions culturelles, très connues, sont particulièrement éloquentes. Deux directions principales sont indiquées par l'anthropologie et la psychanalyse:

a - la rupture de la proximité,
b - et/ou l'altération de la ressemblance.
1) éloignement et dissemblance.
La nécessité filiale de devenir père, de reproduire, dans son existence, les données constitutives du personnage paternel est conditionnée :
  • par la transformation des rapports de contiguïté entretenus antérieurement avec lui, c'est à dire que doit cesser la proximité qui est obstacle à la ressemblance, l'image et la fonction du père ne sont reproduites qu'à distance (on reconnaît la loi universelle d'exogamie) ;
  • par la mise en place de différences, telles le renoncement à certaines prérogatives ; cela est traduit par la soumission hiérarchique, les interdits, l'inégalité des droits, c'est à dire, globalement, par ce que la psychanalyse a reconnu en terme de "castration" qui ampute le fils d'une partie des pouvoirs du père.
En résumé : ces deux ensembles être père et avoir un père coexistent nécessairement dans la structure mentale de l'individu. Mais ils sont en rapport incompatible et contradictoire, ce qui rend compte de la crise oedipienne en tant que contradiction interne :

- au concept analytique de père ;
- aux signifiants du même nom.

On observera sur ce point l'ajustement des lois dérivées des concepts psychanalytiques et des lois dérivées de la linguistique structurale.

Notons que si la sexualité et la conjugalité participent de ce processus de façon très visible, elles n'en constituent nullement la cause déterminante.
Celle-ci est imputable à la mutuelle exclusion des procès de dévoilement du réel. De plus ce raisonnement s'applique identiquement à l'identité féminine sans nécessité de recourir aux contorsions théoriques que cette question a pu faire surgir.
2) les doubles et le tiers symbolique
Mais "le pouvoir humain véritable réside dans la symbolisation" (L. Sebag). Pour Lacan, le psychotique est celui qui n'est jamais entré dans l'ordre symbolique (la loi). Bien que chacun reconnaisse les vertus médiatrices du symbole, les auteurs restent évasifs sur son fonctionnement réel. Une ouverture nous est suggérée par L. Sebag, qui en donnant à la symbolisation une place centrale, insiste particulièrement sur le rôle médiateur des jumeaux.

Leur mode de fonctionnement du double gémellaire nous permettra de mieux comprendre le fonctionnement du symbole.

Ces êtres mythiques ont en effet la capacité de permettre à l'humain de concilier les ordres antagonistes. Sur ce sujet nous devons remarquer leur caractéristique essentielle qui est d'être tout à la fois
totalement contigus et totalement similaires. Tout laisse penser que ce couple, composé de deux hypostases, tire de ce dédoublement le pouvoir de contourner les crises.

On remarque en effet qu'ils sont aptes à établir un double lien avec les êtres avec qui ils sont en relation, à la fois par similarité et par contiguïté, étant de plus permutables dans cette fonction et valant l'un pour l'autre. (Cf. les exemples de la page "coexistence terrestre".)

Le
dédoublement gémellaire paraît être un processus beaucoup plus général qu'il ne paraît. Il est probablement à l'origine du pouvoir du symbole. Qu'il s'agisse de groupes d'égaux, de miroir, de symbole ou de personnage mythique, de dits ou d'écrits, toutes paroles venant d'ailleurs, le processus consiste toujours dans la mise en place d'un dédoublement du modèle de référence selon les schémas suivants où nous voyons :

- en
situation duelle, l'absence de tiers symbolique et les conditions de la crise (à gauche),
- sur un
modèle ternaire - ou trinitaire - les conditions de son évitement (à droite):

Le tiers réel ou symbolique permet que les liens de contiguïté et de similarité ne confluent pas vers le même personnage, ce personnage et son double étant cependant identiques dans un ordre donné.

Les jumeaux ont la capacité fondamentale de permettre une transformation des relations
sans créer de conditions restrictives, comme la castration ou l'obligation de distance, qui d'une certaine manière contiennent toujours une problématique de Chute
A grands traits et pour conclure sur le symbole, nous dirons que :

1) celui-ci fonctionne comme une
médiation tierce comparable au modèle gémellaire (à comparer à l'oncle des sociétés avunculaires, au "père" de la paroisse, au maître d'école ou à la nourrice de chez nous, dans leurs fonctions éducatrices)

2) il est parole sociale ; garant de l'
orthodoxie culturelle, ce qui exclut tout discours d'autorité formulée par le parent ; un tel discours est nécessairement irrecevable ;

3) au plan du langage, le symbole paraît, selon Le Guern, construit à partir d'une certaine
permutabilité des fonctions signifiant-signifié. Il permet l'établissement d'un rapport de similarité entre signifiés et dans le champ extra-linguistique.

Dans l'exemple choisi, le symbole constitue le dédoublement nécessaire (père symbolique.) du signifiant fondamental. La spécificité du symbole paraît tenir au double lien de contiguïté et de ressemblance qu'il conserve avec la chose représenté.
En l'absence de symbole
En l'absence de symbole (ou d'éléments substitutifs) la confusion des ordres ne saurait être évitée si, par ailleurs ne s'observe ni éloignement, ni différence.

Dans l'exemple du signifiant père, au risque de crise, de subversion, d'échec, de mort, de régression, le défaut de médiation symbolique, de distance, de castration, créera des conditions dissuasives vis à vis de l'imitation paternelle (de la métaphore paternelle).


Concrètement le sujet sera dans l'impossibilité de dépasser un statut pré adulte. Ainsi un schizophrène freine-t-il des quatre fers pour n'y pas accéder.


Le Guern et Lacan supposent l'engendrement des figures symboliques par interaction et interpolations signifiant - signifié. Il semble que ces opérations autour de la barre saussurienne soient des figures médiatrices ou créatrices de sens nouveaux. Les substitutions qui les produisent apparaissent comme des actions croisées entre unités mentales compatibles mais distinctes qui ne sont pas sans rapports de ressemblance partielle et/ou de voisinage avec l'élément primordial.


Nous pouvons avancer l'hypothèse que si cette unité distincte et adéquate s'avère inexistante ou inaccessible, la substitution fonctionnera néanmoins, mais sera une substitution d'un genre particulier : substitution du signifiant à son propre signifié. C'est-à-dire que nous assistons à un phénomène d'inversion, celui-là que devaient éviter les divers procédés étudiés (la distance, la différence, le symbole) : une pure et simple inversion des unités linguistiques, propagée jusqu'à la plus petite de celles-ci, le signe saussurien.
En conclusion :

  • si cette interpolation peut s'effectuer, par l'entremise d'unités mentales en rapport de voisinage ou de ressemblance partielle, la crise ne se produira pas : nous sommes en présence de cette régulation que nous appelons symbolique.
  • Si cette interpolation ne peut s'effectuer que sur elle-même, elle engendrera les conditions de la psychose.



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