Comprendre les psychoses : Les hallucinations 3/3
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Sciences du langage
 
L'hallucination auditive

 
Un phénomène linguistique majeur



-Divisions du texte :
- 1re partie : - Jeter un pont entre linguistique et psychiatrie, quelques notions préalables. (1255 mots)
- 2ième partie : - Comment évite-t-on la psychose. (1271 mots)
- 3ième partie : - le système des hallucinations. (3245 mots)
Lien vers les illustrations cliniques (lecture préalable recommandée pour les personnes peu familiarisées avec cette pathologie) :
le cas Schreber, la conviction dissidente. Niveau de lecture : public intéressé. 





- III-

le système des hallucinations

L'hallucination est un signe linguistique
Une lacune linguistique
La pensée imposé
Les objets prennent une vie





L'hallucination est un signe linguistique.

Considérer les hallucinations comme un fonctionnement psychique où le représentant du mot prend la place du représentant de la chose n'est pas une hypothèse récente.

Mais depuis ces premières intuitions les sciences du langage ont évolué et l'appel à ces disciplines paraît légitime si l'on accepte pour une évidence que l'hallucination verbale est un signe linguistique.

Dans la majorité des cas, ces phénomènes sont décrits par le patient comme l'irruption de voix d'une réalité indiscutée, même si elles ne passent pas toujours "par les oreilles du corps". Elles ont une emprise sur la conscience, emportent les convictions et argumentent la pensée discursive. On est donc fondé à attribuer à ces voix le support d'une "combinaison sémiotique" comparable à celle des paroles réelles. Ceci dès l'instant où les patients témoignent :

- d'une sensorialité indiscutable,
- d'un sens,

- d'une "...
irréductible puissance convaincante".

Cette "combinaison" serait celle du
signe, conçu comme une structure duelle, articulée autour de la barre saussurienne et formé par la co-présence d'un signifiant (le représentant du mot) et d'un signifié (le représentant de la chose). (*) A défaut d'une telle structure les hallucinations verbales affecteraient-t-elles la conscience ainsi qu'on vient de le lire ? Nous postulons que cela serait impossible.

En liaison avec le processus oedipien.

L'hypothèse d'une permutation des représentants respectifs de la chose et du mot veut dire substitution réciproque du signifiant et du signifié. Dans le texte précédent, à propos de la genèse du délire (liée au refus de la métaphore) nous avons envisagé subversion, théoriquement concevable, des ensembles signifiants de différents rangs. La répercussion de celle-ci jusqu'aux plus petites unités signifiantes affecterait donc le signe d'un retournement comparable provoquant une substitution directement reliée à la crise oedipienne. L'hallucination résulterait ainsi d'un phénomène qui, en rapport avec l'oedipe, préserve la structure du signe saussurien mais inverse ses éléments pour les placer en une topologie de fonctionnement aberrante.

Reste à vérifier si, en présence d'une telle mutation,
les bouleversements intrapsychiques dont témoigne la psychose hallucinatoire, reflètent effectivement cette inversion.

Interroger l'hallucination ?

Chacun des deux éléments en cause répond à des fonctions précisées par Tullio de Moro :

- le premier (
Signifiant) étant l'organisateur et le discriminant de la substance communiquée, images acoustiques, ou empreintes psychiques de la forme du signe ;

- le second, le signifié (
Signifié) étant l'organisateur et le discriminant de la substance communicante, dont les représentations mentales, nées du rapport connectif avec le réel, n'ont pas besoin de mot pour exister (référent).

Il est évident à tous que, malgré des avancées, les processus d'articulation entre les ressources psychiques et les phénomènes neuro-acoustiques sont actuellement parfaitement opaques au savoir et que le lien entre la supposée "combinaison sémiotique" d'une part et les "instances du psychisme", d'autre part est de l'ordre du mystère, au mieux de la métaphysique. Nous n'y trouverons donc aucun argument soutenant l'hypothèse envisagée.

Il nous reste donc à retourner le problème et, malgré la fragilité des connaissances actuelles, espérer que ces manifestations psycho-sensorielles, opportunément interrogées, ouvriront un aperçu sur cette zone aveugle.

Dans cette perspective, on considèrera le signe comme soumis aux mêmes phénomènes subversifs que les unités signifiantes de rang supérieur. Ceci impliquerait que le signifiant 
recrute, et transcode, non pas les images acoustiques dont il est normalement le vecteur, mais les représentations d'objets et leur cortège extralinguistique matière de la substance communicante. Ceci veut dire qu'il recruterait indûment ce qui est normalement un représentant de la chose. Une émotion ou, simplement, le flux continu des sensations de la vie et de l'univers objectal affecteront la conscience par le biais du signifiant, lequel, lié par sa fonction, s'exprimerait en images acoustiques, donnant matière à l'hallucination.

Celle-ci pouvant alors être considérée comme un événement où le signifiant devient l'organisateur et le discriminant de la substance communicante, mais sous l'espèce des images acoustiques, c'est à dire de la substance communiquée.

Les perturbations de la pensée occurrente

Ceci est à rapprocher du fait clinique que l'hallucination, perçue par le patient, anticipe régulièrement sur sa pensée, et plus encore sur ses sensations et actions occurrentes. Elle dit (il fait... il va faire...), elle enjoint parfois (va faire...!), mais contredit à la fois (ne fais pas...).

En somme, l'hypothèse du
signe inversé implique :
  • la cohérence maintenue et co-éternelle des deux composants sans quoi il n'y a pas d'hallucinations vraies ; cette cohérence expliquerait la permanence de la pensée réflexive dans la psychose, ainsi que la vigilance sans faille de l'intelligence psychotique ; elle rendrait compte aussi de la relative stabilité de l'être ;
  • que le phénomène, si mystérieux pour le patient, s'affirme à lui comme indubitable, avec la même certitude que son propre cogito, ce qui paraît correspondre à une parenté de nature ;
  • que, malgré cela, l'auto attribution des hallucinations soit toujours refusée vigoureusement.
Car il s'agit toujours d'une perception toujours étrangères à l'être, souvent de paroles localisées dans l'espace, comme dans une audition normale. Elles viennent d'un ailleurs proche ou lointain, mais souvent aussi "de la tête", ''du cerveau" qui parfois "les fabrique". Elles n'entrent pas toujours par les oreilles mais sont en général compréhensibles et surtout convaincantes. Un certain doute est parfois allégué, pour le motif qu'elles sont invraisemblables. Leur but serait alors de provoquer ou de ridiculiser celui qui en est la cible.

Souvent il s'agit d'un langage secret qui serait violé par une mise en parole anticipée : on vole les pensées, on les devine, mais aussi on empêche de penser.



Une lacune linguistique

Cette permutation fonctionnelle signifiant / signifié à la mesure de leurs propriétés respectives, rend compte des transformations de la vie mentale, lors du passage d'une intellection normale à une intellection psychotique. Nous venons de tracer les fragiles conditions d'un modèle naïf, et de celui-ci nous espérons une interrogation renouvelée de la sémiologie des états psychotiques.

Si, dans la langue, le signifiant a pour fonction de transcoder le représentant du mot (l'image acoustique) il est concevable que, dans la position hallucinatoire, il soit soustrait à cette fonction première, avec pour conséquence, une "sortie de la parole". La suspension du langage qui accompagne l'hallucination est un phénomène observé par les cliniciens mais qui ne lui a peut-être pas été suffisamment lié. Cette inhibition de la parole, qui ne serait que l'autre face d'un même phénomène, peut se traduire par un mutisme opiniatre ou une simple réticence, cachant le contenu des voix mais non toujours leur existence, dénoncée par la mimique et des attitudes d'écoute. Le silence du patient n'accompagne pas toujours une volonté délibérée de taire un secret. Il est aussi contraignant que l'est l'inhibition pudique, et le conflit St/Sé crée quelque parenté avec ce phénomène. Souvent, on retire l'impression d'une pure et simple indisponibilité des mots susceptibles d'en rendre compte, d'un bredouillement qui altère l'énonciation voire d'une coupure entre les pensées et le pouvoir de les énoncer.

Communément les voix, issues de cette
conversion acoustique de la substance communicante, reflètent une impression de connivence qui, avec l'absence de hasard, est le témoignage d'une archaïque connexion avec les investissements primaires. Ceci, on va le voir, rendrait compte de cette "...obligation de penser toutes ses sensations" signalée par Schreber comme pénible et persécutoire.


La pensée imposée de toutes les sensations.

C'est précisément la verbalisation intrapsychique de l'ensemble de toutes ses sensations qui retire au patient le sentiment ordinaire de pouvoir diriger sa pensée, et de pouvoir le faire indépendamment de ce qu'il ressent. L'acte de penser manie les signes du langage et l'être normal choisit des mots, des phrase avec le sentiment d'être libre de la composition de son discours intérieur. Les patients décrivent, quant à eux, une obligation de penser toujours la totalité du vécu avec le caractère d'une pensée imposée ou d'un écho de la pensée, ceci alors même qu'ils ne peuvent l'exprimer.

Des impressions de vol, de "devinement", surviennent sans doute en rapport avec le transcodage spontané et continu du
réel sous un registre verbalisé. Plus couramment, le contenu est vécu comme un commentaire des actes qui vient signer le parasitage par le signifiant (et donc la conversion acoustique) de l'activité mentale non verbale, voire ordinairement non pensée, qui anime toute vie.

Dans cette hypothétique configuration inversée du signe, une fonction qui lui est essentielle paraît défaillante : celle d'interrupteur assurant le détachement d'avec la matière sensible. En conséquence tout énoncé perçu, halluciné ou réel, reflète une connivence immédiate avec la réalité distincte laissant soupçonner, sinon deviner, un sens caché.

En effet, par cette application détournée le signifiant, perd sa fonction substitutive. Le langage ni la fonction symbolique ne s'interposent dans la relation au réel. Il ne remplissent plus leur rôle et s'amplifient les caractères fusionnels propres à l'univers objectal. Autrement dit, la communication véhicule une énigmatique charge émotive issue de la prégnance toujours sous-jacente des investissements primaires. La "conversion acoustique" n'est donc qu'un symptôme faisant cortège à des transformations profondes dans la structuration de la réalité. Ceci nous conduit à l'autre face de cette problématique : le fonctionnement du signifié substitué au signifiant.



Les objets prennent une vie

Là où Lacan voit une érotisation du signifiant, ne serait-on pas fondé à situer la substitution fonctionnelle du signifié correspondant ? On conçoit que c'est bien d'érotisation qu'il s'agit, pour rester dans le vocabulaire psychanalytique. Le signifiant cessant de favoriser le détachement de la matière sensible, le champ relationnel se déploie sous le signe de la contiguïté, de la métonymie, de la connivence du moi avec un monde magiquement conforme aux attentes et aux craintes de l'être. Cliniquement nous rencontrons l'univers de la fusion, de l'affectivité paradoxale sous-tendue par cette étrange tendance à la fixation affective - hostile ou amicale - mais qui demeure le seul mode relationnel valide. Avec l'effacement de l'action séparatrice du signe, apparaît une déchirure symbolique et donc ce paradoxe fusionnel propre à la crise psychotique.

A moins que le renversement ne soit encore plus profond et global, et que la parole ne se transforme en incantation magique, soliloque, et dépourvue de destinataire, reflet d'une toute puissance archaïque.


Si les mots, qui sont le ''
meurtre de la chose", s'effacent ou sont dérobés avec les pensées, "les objets prennent une vie" comme nous l'indiquait une patiente qui ajoutait " ...et cette vie peut se révéler contre moi."

L'hypothèse avancée implique qu'il n'existe pas d'hallucinations vraies dans laquelle le représentant du mot fonctionnerait de façon autonome, indépendamment du représentant de la chose : le signe n'existerait plus, avons nous insisté, et n'affecterait plus la conscience.

Selon l'image saussurienne, signifiant et signifié, en conjonction constante, sont dans un ordre de rapport qui est celui du recto et du verso d'une feuille de papier. On ne peut découper l'un sans découper l'autre. Si le signifiant en tant que représentant de "l'image acoustique", loin d'être absent, s'exprime avec insistance dans les hallucinations,
interrogeons nous sur le devenir du signifié dans ce "revirement" supposé des fonctions naturelles du signe.

La lettre qui suit sera l'occasion d'aborder cette question par l'expression clinique, à nos yeux très précise, qu'elle en donne ; elle est la démarche spontanée d'une personne, jamais suivie antérieurement,
mais affectée soudain d’un épisode délirant qui s’est avéré réversible.

Monsieur le Docteur

Excusez-moi si je me permets de vous écrire, c'est que je n'en peut plus supporter cette odieux chantage, dont je suis la malheureuse victime tous les jours.

Tout d'abors c'est très souvent outrageusement grossi. Tout cela est faux.

Je ne suis
pas un monstre comme on le prétend. J'ai toujours eu une conduite irréprochable, ce n'est pas à mon âge que je changerai. J'ai à citer des faits réels : Tous les jours il y a des bruits dans la maison, c'est la télé qui craque plusieurs fois de suite, ou la table de nuit ou une vitre de la fenêtre qui tremble, puis c'est le placard à casseroles, c'est la baie qui craque aussi, c'est la porte qui tremble, les volets qui tremblent aussi, la boîte à tisane, c'est l'armoire à glace, la poire éléctrique, le compteur tout cela craque, les portes qui claquent, les tuyaux le gas le frigo parfois j'ai entendu comme des plaintes dans la maison des coups de pétards, un bouchon de bouteille qui saute et je ne cite pas tout. J'ai vu un croissant posé sur un plat sauter sur un autre à côté, un, morceau de pain qui remu sur la table un couteau une cuillère qui remue dans l'assiette, le panier à salade qui remue un papier qui bouge par terre.

Pour mes pensées tout est aussi mistérieux cela se fait contre ma volonté, je pense au un ou autre et oh horreur j'ai honte de le dire çà me pousse au désir,
alors j'ai des crises de larmes tous les jours je suis vraiment désespérée tout cela n'est pas normale, je jure que je dis la vérité.

Il me faut supporter les injures des chaufeurs toute la journée.

J'oubliais de dire que parfois je vois des lettres en ver d'autres en noir voyez que ce n'est pas normale.

Aussi je demande que l'on mette fin au scandale qui d'ailleurs ne viens pas de moi ce n'est pas moi qui ai inventé ces orgies qui n'existe pas. J'ai perdu tout espoir de trouver quelqu'un qui puisse m'aider, donc je demande qu'on arrête et ainsi tout rentrera dans l'ordre.

Recevez Docteur mes respectueuses salutations.

excusez Docteur les fautes d'ortographe et mon gribouillage mais je tremble.



Dans ce texte les hallucinations verbales sont clairement signalées ("
tout cela est faux"... ..."les injures des chaufeurs") mais, comme à l'accoutumé, leur contenu n'est pas rapporté sinon de façon allusive, la patiente signalant sans tarder le phénomène que Schreber appelle "le jeu forcé de la pensée" : "pour mes pensées ...cela se fait contre ma volonté".

Parallèlement à ces symptômes, le rapport aux objets inanimés apparaît dans tout son trouble.


Chez l'auteur on relève que les formes matérielles ne sont pas à l'origine de paroles, mais de
bruits dont on ne peut dire s'ils sont ou non sémantisés. Cependant, par leur caractère, ces bruits indiquent un lien de contiguïté avec le référent. Le claquement de la porte, le tremblement des vitres de la fenêtre font partie de ce qu'ils représentent. Il nous est par là indiqué que les phénomènes n'ont pas leur source dans le "représentant du mot"- le signifiant - mais dans le composant extralinguistique, étiquette sonore attachée au référent. Il s'agit donc d'une manifestation qui emprunte les fonctions de la substance communiquée, appelée ici à exprimer un sens, jamais révélé et éternellement énigmatique.

Ce qui émane des chauffeurs et ce qui vient des objets appelle donc à une distinction:


- la patiente nous dit que des chauffeurs (inconnus, invisibles et distants) lui adressent les paroles qu'elle entend et qui ont à voir avec les émotions et sentiments qui l'habitent : ("
j'ai honte de le dire çà me pousse au désir" et plus loin : "ce n'est pas moi qui ai inventé ces orgies qui n'existe pas") ; nous sommes semble-t-il dans le cadre des hallucinations verbales manifestant une "image acoustique" en rapport avec des émergences pulsionnelles ;

- par contre les objets matériels proches, familiers et visibles lui "
font signe", pourrait-on dire, ils le font ouvertement, et la patiente le rapporte par écrit ; nous sommes semble-t-il en présence d'un phénomène voisin de l'indice mais qui serait transformé en signe par le processus pathologique.

La patiente fait fonctionner comme des signes et tient pour un code signifiant, pour
une substance communiquée, des images sonores (craquement, tremblements...) qui, en vérité sont des attributs des éléments inanimés.

Signe et indice ont à voir avec le processus de communication mais, rappelons-le, les indices ne valent que pour celui qui les perçoit. Leur fonctionnement se fait dans l'ordre de la contiguïté, ce qui transparaît ici de deux façons :


- les manifestations acoustiques qui s'expriment ne sont pas des formes linguistiques, des mots, mais des bruits, des étiquettes sonores, qui font partie des composants extralinguistique de l'objet en question ;


- les perturbations visuelles se manifestent directement à travers des objets d'un usage très rapproché.


Dans les deux cas quelque chose de très évocateur apparaît : alors que le signifiant fait défaut à la communication, la substance communicante se voit convertie en substance communiquée et dit quelque chose. Cela se fait par la télé, la table
de nuit, la vitre de la fenêtre, le placard à casseroles, les volets, la boîte à tisane, etc...

On notera encore :

- une phrase de la patiente :
"parfois je vois des lettres en ver d'autres en noir" ; cette phrase "oubliée" nous rappelle que le phénomène dit : "hallucinations auditives", concerne toute substance communiquée, donc tout système codé, signes verbaux et signes écrits ;

- le caractère envahissant de "
cette vie que prennent les objets", aussi continu que le "jeu forcé de la pensée" ;

- la reviviscence pulsionnelle, qui n’est pas sans rapport avec la déchirure symbolique, côtoie un vécu ordinairement censuré et archaïque ; ceci paraît traduit par les "
horreurs" dont nous parle la patiente et par la honte qui flétrit son honneur.

L'évocation très appuyée de cette honte est liée sans transition au surgissement de la vie des objets : "Je ne suis pas un monstre comme on le prétend. J'ai toujours eu une conduite irréprochable, ce n'est pas à mon âge que je changerai. J'ai à citer des faits réels : Tous les jours il y a des bruits dans la maison..."

Il n'y a pas de cause désignée à l'animation "
paranormale" des objets matériels. Ce n'est pas "quelqu'un" qui fait claquer la porte : elle claque d'elle-même aux fins de signifier quelque chose d'énigmatique mais d'assurément malveillant. Les croissants sautent d'eux-mêmes et sont, de leur propre mouvement, les agents du phénomène dont ils témoignent. Nous sommes ici dans le domaine subversif du "signe" sans destinateur, du "miraculaire". C'est aussi celui de l'animation spontanée du monde matériel, des magiciens et escamoteurs, dans son versant ludique, de la sorcellerie, dans son versant diabolique.

En résumé, le sujet sera à l'écoute de ses sensations et de son
réel intérieur ; l'ordre matériel s'anime d'un étrange pouvoir de communication exprimant un "vouloir dire" des plus inquiétants. Celui-là ne procède pas d'un langage, imputable à un locuteur extérieur, mais directement d'un monde inanimé normalement sans âme.

Si la mutabilité du signe substitue réciproquement le signifiant au signifié, à condition des postulats logiques imputables au signifiant et au signifié, l'intellection dans son ensemble ne peut que s'aménager selon cette inversion.


Le monde des qualités sensibles, s'il est inconnu de lui sera "
déjà vu" ; familier, il sera déformé, transformé, détourné de son sens ordinaire, le même mais pas le même. Ce monde truqué, inconnu, faussement reconnu, ne peut effectivement plus s'insérer dans une compréhension traduisible par les voies du langage.

Les conditions du sens persistent et la conscience n'est pas abolie : le monde existe présent mais inquiétant par l'étrangeté que lui confère l'impossibilité de mise en adéquation avec la représentation commune.
La "signification" ainsi créée est subversive parce qu'elle procède d'une source aberrante de communications.

En clinique, c'est l'univers de la fusion qui devient globalisante, de l'affectivité paradoxale, de la possession démoniaque et de l'envoûtement.
On comprend le leitmotif des constructions délirantes qui sont produites par la confluence de ces deux séries de troubles, tout à fait parallèles, que nous venons de décrire : dans le même temps où les objets prennent une vie, des voix, par la sorcellerie, par les ondes laser, par toutes sources nécessairement énigmatiques et mystérieuses génèrent une pensée dont l'auto attribution est radicalement impossible et donc qui n'appartient plus au sujet.

(*) Notons que cette dichotomie est inscrite par Odgen et Richards dans le "triangle" sémiotique : le référent étant, pour le linguiste, la « réalité extralinguistique ».





On trouvera dans
"Comment atténuer le mal" les procédés employés par les patients
pour réduire le caractère pénible des phénomènes psychosensoriels.








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