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pudeur annexe I et II Le problème de la formation du sens (première partie) Format pdfTexte paru sous le titre "le lien et le sens" dans la revue Synapse n° 161 déc. 1999. pp. 13 -16. |
- contiguïté freudienne, contiguïté pavlovienne - l'acte alimentaire - la combinaison d'un élément réel et d'une action réelle - un revirement critique - une histoire de trotteur - le clivage contigu / similaire - du trotteur à l'auto... Bien avant Freud le Moyen-Âge, mystique mais peu pudique, a empli ses fresques et sculptures de représentations "libidineuses", excrémentielles, orales, génitales dénonçant par là, semble-t-il, les véritables sources du péché. Ce n'est cependant qu'avec le Maître viennois que l'analité, l'oralité et la génitalité, articulées autour d'une notion nouvelle, la relation d'objet, ont cessé progressivement de contaminer la morale, et ont acquis une consistance scientifique. Mais la recherche, voulue par Freud sur la sexualité, fut en partie obscurcie par ces mêmes tabous qu'invoquait et dénonçait le chercheur lui-même. On sait aussi que la psychanalyse devait, dans un temps second, approfondir son regard sur l'être linguistique. Cette évolution était inéluctable pour une discipline dont le principe thérapeutique suppose d'abord une action de la parole sur le corps. Entre temps la réflexion était passée avec une certaine hâte sur la question de l'objet qui, sous le signe du lien extralinguistique, et de la contiguïté, doit nous intéresser au premier chef. Contiguïté freudienne, contiguïté pavlovienne Si, pour la question qui nous concerne, nous devions tirer des conclusions de la vision freudienne, nous les résumerions dans cette idée que l'objet constitue l'élément connectif entre la pulsion, d'une part, la satisfaction d'autre part. On peut avancer, en conséquence, qu'un élément distinct, requis par la pulsion, devient objet par son propre pouvoir d'affecter la réalité interne. Qu'il soit animé ou inanimé, l'objet tire ses qualités de cette capacité d'établir une connexion extralinguistique. Sous cette condition, la combinaison d'une action réelle et d'un élément réel définit l'existence de l'objet. Par ce biais, l'objet est entièrement englobé dans l'univers relationnel de la contiguïté. Qu'il soit la mère ou l'un de ses attributs, qu'il soit objet sexuel ou aliment, l'objet concerne l'être psychophysiologique, ses désirs, ses pulsions, par un effet précis sans lequel il n'a pas d'existence : l'objet est modificateur de la réalité interne du sujet. Cette propriété fondamentale de l'objet va nous interpeller parce, par l'observation des faits, elle nous paraît propre à éclairer l'opposition contigu / similaire dont on voit se révéler l'importance centrale dans l'existence humaine. L'acte alimentaire Pour donner plus de clarté à nos propos, nous les illustrerons d'abord par l'acte la plus simple, mais aussi le plus contraignant pour l'être vivant : l'acte alimentaire. Chacun sait que le besoin de manger trouve son point de départ dans une instance nécessitante interne. Celle-ci affecte : - l'esprit par un message appelé "faim"; - le comportement, par la quête d'aliments. La faim alerte l'esprit du besoin nutritionnel et induit une conduite de recherche d'aliments. L'objet alimentaire, une pomme, tire ses qualités du pouvoir nutritionnel que lui confère sa composition. La pomme ou le biscuit se présentent donc comme : - une réponse à un besoin qui lui préexiste, - et surtout comme un objet requis par ce besoin. Si l'enfant dirige vers lui des gestes intentionnels, ce comportement obéit à une procédure biologique remarquable en ceci que le monde extérieur, et lui seul, peut apporter une réponse. Mais dans ce contexte il est clairement perçu que l'être détache du monde ce qui l'intéresse. Autrement dit, ce qui est déjà à l'intérieur de lui, inter-esse : le mot étant extrêmement précis. Dans cette connexion entre la faim et l'objet, le biscuit est "ce par quoi la pulsion peut atteindre son but". Les postulats logiques qui régissent l'émergence de l'objet sont ceux de la relation causale, autrement dit, ceux de la contiguïté. Cet objet n'a pas besoin d'être nommé pour exister. Ou, si l'on veut, cette fonction d'objet est indifférente à l'action nominative. La combinaison d'un élément réel et d'une action réelle Ceci dit, il existe, au delà, une évidence cachée, justement éclairée par la notion de combinaison. Il serait évidemment absurde de dire que le biscuit, combiné à l'acte de manger, fait apparaître la faim. biscuit + acte de manger ====> faim Là serait l'insensé (mais il est capital pour leur compréhension que certains états pathologiques, dont l'alcoolisme, fonctionnent exactement sur ce mode inversé). Par contre, si l'on considère, en soi, l'acte de manger comme une action concrète, la faim comme un élément du réel qui affecte les sens, les faits sont remis dans le bon ordre. On perçoit alors que c'est la faim qui, combinée à l'acte de manger, confère au biscuit sa qualité d'objet. On peut dire encore : l'objet émerge du réel par la combinaison de la faim (la pulsion) et de l'acte de manger. faim + acte de manger ====> objet alimentaire (biscuit) Nous voyons, là révélée, la contiguïté comme condition d'émergence de l'objet par la combinaison d'un élément réel à une action réelle: |
| combinaison | agent modificateur du réel | |||
| faim | * | acte de manger | => | aliment |
| élément réel | * | action réelle | => | objet |
On peut dès lors avancer une définition : "L'objet" est l'élément détaché de la réalité distincte qui, sous la force motrice de la pulsion combinée à une action réelle, affecte la réalité interne. Mère ou nature, l'espace maternel et l'univers des objets matériels émergent à la conscience selon une problématique entièrement gouvernée par la faculté maîtresse de connectivité. Nous constatons du même coup que les qualités bonnes ou mauvaises, animées ou inanimées sont accessoires. Souvent mises en avant par diverses théories psychanalytiques, elles s'effacent devant les postulats logiques de la contiguïté, caractérisée d'abord par la bipartition déterminante des relations agent / patient, notions qu'il convient d'approfondir maintenant : - la position de "patient" définit l'être qui en appelle à la circonstance, en quête de transformation interne ; - la position "agent" le définit comme élément transformateur actif, sujet psychologique d'un agir sur la circonstance, c'est à dire sur le milieu qui l'entoure. (Nous entendons ici le mot circonstance dans son sens absolu et premier, ce qui se tient autour comme lieu, contexte possible de transaction.) Un revirement critique Précisons encore ce qui vient d'être dit par un autre exemple : celui du nourrisson qui a faim, crie et tend ses mains vers le biberon pour le saisir. Dans le geste phonique du cri, la mère perçoit l'indice que le bébé a faim. On le sait, un indice n'est pas un signe ; il veut dire quelque chose pour celui qui l'observe et non pour celui qui l'émet. Dans cette configuration le nourrisson est en position de patient assujetti à la circonstance qui pourvoira ou non à ses besoins. Plus tard l'enfant peut crier pour un autre motif : par exemple pour faire venir la mère. Nous sommes en présence d'une utilisation qui est un analogon de comportement, en fait, l'usage détourné d'un acte corporel naturel : le cri. Celui-ci, dès lors, a valeur de signe et n'est plus un indice. L'enfant, même s'il n'imite que lui-même, entre dans le registre imitatif. Il se place en position d'agent, modificateur du milieu, et du même coup, il se fait circonstance. Ce cri, on le perçoit, n'est plus un geste phonique mais un signifiant. Du même coup advient un complet renversement des positions agent / patient. La question, étroitement reliée au développement du langage, et à de vastes coupures dans les rapports au monde, mérite d'être éclairée pas à pas. Une histoire de trotteur Le corps à corps de l'enfant avec le monde se prolonge dans des activités motrices, authentiquement pulsionnelles et nécessaires au développement psycho corporel. Un trotteur est un jouet proposé à l'enfant pour répondre à ce besoin. Peu importe qu'il ne soit pas un élément naturel mais un objet fait de main humaine : une connivence fonctionnelle préexiste, là encore, entre besoin et objet. Mais ce trotteur est aussi un véhicule en miniature par lequel l'enfant est incité à imiter l'adulte. Cet usage du trotteur, en tant que mini voiture, fonde une relation d'un autre ordre : l'enfant qui se veut conducteur, en imitation de son père ou de sa mère, se fait lui-même circonstance. Vues sous l'angle du rapport agent - patient les positions sont, là encore, inversées. L'exemple du trotteur nous aide donc à discriminer deux types de relations concurrentes sur le même objet dont - fait très important - on ne peut suspendre l'existence : a) la première décrite est celle d'une contiguïté induite par la motricité spontanée de l'enfant ; sa personne physique est gouvernée dans son agir par la configuration du trotteur à laquelle il est assujetti en position de patient ; b) la deuxième est de l'ordre de la similarité ; les mouvements de l'enfant prennent leur forme dans une imitation parentale par laquelle l'enfant, par delà l'activité motrice, donne un sens à ses actes. On peut ici parler de "signifiant". Cette dualité rend compte d'une coupure où nous observons que : a) dans la première fonction, le sujet psychologique est la circonstance (le trotteur) ; la relation agent / patient s'y constitue comme suit : trotteur = agent \\ enfant = patient b) dans la seconde le sujet psychologique est l'enfant (qui se fait circonstance) ce qui sous-tend une relation inversée : enfant = agent \\ trotteur = patient L'ambiguïté ontologique attachée à cette bipartition engendre la question suivante : peut-on être simultanément agent et patient dans une même situation, dans un même contexte ? Nous soutenons l'hypothèse que cela est impossible à l'humain et qu'à ce renversement on peut imputer l'irréductible antagonisme qui nous occupe depuis le début de ce travail. La conjonction des deux procès sur le même objet est facteur de crise. Elle oppose des attitudes psychiques que l'on sait incompatibles et mutuellement exclusives comme l'avoir et l'être : on ne peut tout à la fois, sur le même espace pertinent, être assujetti à la circonstance et être la circonstance. Les conséquences de cette impossibilité logique sont considérables dans l'ensemble des processus de la pensée, du langage et de la vie sociale. Elles pèsent très directement sur les inhibitions pudiques étudiées sur les autres pages de ce site. Le clivage contigu / similaire Le problème pourrait paraître secondaire au seul exemple du trotteur. Il ne l'est pas en réalité car, on l'aura compris, à travers cet objet intermédiaire, c'est tout le processus de l'identification aux images parentales, statiques et dynamiques, structurelles et agissantes (agir corporel) qui est en cause. Comme tout objet, le trotteur est appelé à être nommé. La nomination sanctionne le sens qui n'est jamais anodin : ici, comme nous l'avons vu plus haut, ce sens "signifie" la conduite auto, qui est le pouvoir de l'adulte. Mais cette action nominative ressortit à la similarité. Elle est donc contradictoire du rapport originel de contiguïté avec la machine. Au bout du compte, l'acte corporel reste le même. Mais survient une conversion de finalité, à partir du moment où le trotteur, conçu pour satisfaire aux besoins moteurs de l'enfant, devient une "auto". L'acte corporel, lorsqu'il est pourvu d'un sens, est du même coup "dénaturé". Par le pouvoir du Verbe, le sujet de cet acte, promu conducteur existera à ce titre. Il est présent dans la chaîne signifiante mais d'une certaine manière exproprié de sa personne première, définitivement perdue. Ce qu'exprimait avec précision une patiente schizophrène : "quand je parle, je sens que je perd quelque chose". La contradiction est majeure vis à vis de la contiguïté maternelle. Car si la mère est omnicausale, elle a aussi un rôle initiatique qui en fait le modèle imitatif privilégié pour l'acquisition de la langue justement dite maternelle ; et parce qu'il est imitatif, le langage est séparateur. La mère sera le seul personnage avec qui la contiguïté pure est définitivement prohibée : on appelle cela le tabou de l'inceste. Séparé par le langage de l'objet maternel, l'enfant peut-il renoncer à la contiguïté première, au risque de mettre en question son existence ? Mais renoncer à l'acte imitatif, seule voie d'acquisition de la parole, c'est ne pas accéder au Verbe. C'est se tenir hors de l'institution linguistique, du sens communiqué et communicable et de la socialité en général. C'est une autre forme de mort. On perçoit ici le fondement d'une coupure qui a beaucoup interpellé Lacan (pour qui "le mot est le meurtre de la chose"). Elle est précisément matérialisée par cette barre saussurienne dont la consistance n'a fait que s'accentuer depuis son introduction par le linguiste genevois sous les apparences d'une simple commodité graphique. Du trotteur à l'auto... La "prise de sens" s'effectue avant le langage développé lorsque, le trotteur devient un véhicule miniature. Le fait essentiel est que "prise de sens" et "action nominative" sont deux processus congruents sous le primat de la similarité. Ils ne sont nullement antagonistes l'un vis à vis de l'autre. Mais ils s'opposent l'un et l'autre et de la même façon à la catégorie ontologique de "l'objet trotteur", considéré dans son émergence originelle. La psychopathologie met actuellement au premier plan ces aspects de l'introduction du langage. "Parler un jour, pour Lacan, signifie qu'avant l'enfant ne parlait pas"; lorsque l'enfant se met à parler il abandonne obligatoirement tout vécu non verbal et non verbalisé. Ceci, dit l'auteur, est la fonction même du symbole qui nomme la chose tout en étant totalement différent d'elle : "toute relation médiate impose une rupture de la continuité inaugurale". Notre hypothèse, ne souffre pas de difficulté en regard de telles conceptions sauf à remettre la pyramide sur sa base : ce n'est pas l'introduction du symbole qui crée la coupure comme on pourrait le penser à lire Lacan. Tout au contraire, c'est le clivage ontologique, autrement dit l'irréductible coupure contigu / similaire qui impose l'introduction du symbole en substitution à l'objet. Les conséquences de ce phénomène sont considérables. Dans le texte qui suit nous soulignerons trois points singuliers en rapport plus étroit avec notre recherche. * * * (Bibliographie) Sur les bases théoriques voir : recherche en psycholinguistique |
![]() | "la chaise est vilaine !" (deuxième partie) |
1) le parler nounou 2) La chaise est vilaine 3) l'oubli des souvenirs infantiles 1) Une ressemblance altérée, le parler nounou On remarquera d'abord que l'enfant entre dans le langage avec beaucoup de prudence. Devant la nécessité imitative et le risque qu'il encourt à l'utiliser, il fait appel à une somme de stratagèmes que l'on pourrait prendre pour un manque d'habileté verbale mais qui ont peut-être un tout autre motif. Dans un premier temps il se gardera d'appliquer à l'humain sa fonction imitative : c'est sur l'objet désigné qu'il prélèvera la première forme énonçable ; ainsi le chien sera "oua-oua" et le trotteur dont nous parlions sera "vroum-vroum" (Raphaël 15 mois). L'enfant spécifie effectivement les objets par un énoncé imitatif mais nous sommes en présence d'onomatopées. A ce titre "oua-oua" et "vroum-vroum" font partie de ce qu'ils représentent : le chien, la voiture. L'onomatopée ne contredit pas, par elle-même, la relation primitive à l'objet en cause. On sait qu'elle a au début la préférence de l'enfant. "Vroum-vroum" spécifie l'objet par une imitation, certes, mais celle-ci, faisant partie de ce qu'elle représente, est par excellence une métonymie et un procédé de transition. (Sur la contradiction interne au concept de métonymie voir dans ce site : L'invention du monde selon les Indiens Pueblos, (3) La pleine nomination prend effet quand le mot "auto", avec tous les caractères de l'arbitraire, est substitué à l'onomatopée "vroum-vroum" (Raphaël, 23 mois). Entre les deux s'observe la longue période du "parler nounou" qui pourrait être celle de la "ressemblance altérée". Il est connu que le jeune enfant possède de bonnes capacités de reproduction des sons entendus et que son registre de compétence est étendu. On explique ainsi l'adaptation aux formules phonétiques très diverses des différentes langues. On sait aussi qu'avant même le huitième mois l'enfant peut reproduire avec fidélité les vocalisations des animaux. Ceci masque le fait que le même enfant imite avec autant d'efficacité les vocalisations qu'il entend des humains, c'est à dire les mots. Mais ce phénomène s'efface dès que l'adulte y prête attention ; il est très furtif et peu connu parce que l'enfant le cache - ayant sans doute de bonnes raisons de le faire. Nathalie (8 mois) répète parfaitement son prénom au moins trois fois. Raphaël (10 mois) est entendu énoncer parfaitement, une fois, le mot "voiture", immédiatement après qu'un adulte l'ait prononcé ; jusqu'à 23 mois on ne l'aura plus entendu. Ces énonciations précoces ont sans doute la valeur d'onomatopées et non de signes linguistiques. Le point important est que l'enfant cesse complètement de les utiliser autour du dixième mois et que les débuts du langage se feront entièrement sous le signe de la ressemblance altérée sans qu'il ait la possibilité de mettre à profit cette compétence dont il a fait preuve quelques semaines plus tôt. L'enfant est immergé dans la contiguïté et tout laisse penser que cette rétention verbale est une première forme d'inhibition pudique. Certains d'ailleurs répètent les mots en secret avant de les énoncer publiquement. R. Jakobson remarque justement, à propos des débuts du langage que "Chaque imitation nécessite un choix et donne lieu à un écart créateur par rapport au modèle". Il remarque aussi que "le jeune locuteur introduit des modifications dans le modèle linguistique et s'en écarte souvent avec une obstination en s'opposant à toute tentative de correction". Piaget rapporte la même remarque sans en tirer de conclusions. L'acte de parole n'est pas le cri. Il est de nature imitative et à ce titre il fait peser une menace de rupture sur les liens de contiguïté et cette menace croit tandis que se parfait la reproduction du modèle linguistique. La chaise est vilaine Mais l'adulte tire intuitivement les conséquences du statut linguistique de l'enfant. Il s'y ajuste avec précision. Chacun sait que toutes les mamans du monde, pour calmer ses pleurs, savent dire à leur enfant qui vient de heurter une chaise : "la chaise est vilaine !". Toutes sont, pendant un temps, complices de ce langage inversé. Mais au jour voulu, en substitution à ce discours venue d'on ne sait quel inconscient, la maman dira à l'enfant :"Fais attention à la chaise !". Elle l'installe alors dans une position d'agent qui, chacun le perçoit, n'était pas d'abord la sienne. Le revirement s'amorce précocement et s'achève avec le langage constitué. Une question se pose à laquelle nous ne saurions répondre : est-ce l'inconscient qui parle? Celui de la mère ou celui de l'enfant? Ou autre chose encore? Il n'est pas sans intérêt de noter que certaines langues, dont le basque, ont une syntaxe construite sur ce modèle qui paraît dire la vérité sur le statut de l'objet. Le verbe étant le mot qui indique l'action, on sait que, dans notre langue sa conjugaison marque la personne réputée sujet de l'action dans la logique dominante. Il n'en est pas de même dans la langue basque où verbe est affecté aussi par le complément (Voir LAFITTE Pierre. "Grammaire basque, Navarro-labourdin littéraire, Edition des amis du musée basque et Ikas Bayonne 1962.) Des archaïsmes ou des tournures dialectales comme: "je gardions nos moutons", "j'amenions nos amis" peuvent donner une idée assez précise de cette étrangeté qui paraît référer au sujet psychologique. Il est juste de dire que le français académique connaît un reliquat de cette forme d'expression: dans la phrase "la ville que j'ai prise" le verbe est accordé d'une part au sujet "je", d'autre part au complément féminin qui a affecté "prise". Ce cas d'accord du verbe avec son complément direct est quasi exceptionnel en français. L'oubli des souvenirs infantiles La mère appelée à jouer le rôle que l'on sait dans l'apprentissage de la langue, dite maternelle, est au coeur du mouvement contradictoire qui nous occupe. Bon ou mauvais objet, elle est engluée dans la contiguïté tandis que la dotation linguistique, antagoniste, est imitative et à ce titre facteur de ruptures et de crises largement commentées. Cette problématiques a ses corollaires : le deuil, l'abandon, l'oubli qui paraissent se résumer dans l'amnésie des souvenirs infantiles. Celle-ci recouvre précisément la contiguïté originelle. Celle qu'illustre le "parler à l'envers" des phrase enfantine comme "la chaise est vilaine". Nous formulons l'hypothèse que l'oubli des souvenirs infantiles est la conséquence directe et, si l'on veut, la thérapie spontanée du "revirement" patient/agent, autrement générateur d'un processus dépressogène ou dissociatif peu évitable. N'oublions pas en effet que l'objet premier ne peut pas disparaître. Le trotteur subsiste dans son efficacité psychomotrice génératrice de jouissance. Faute de pouvoir l'annuler l'enfant, devenu linguistique, rayera de son histoire la période qui fut contemporaine de la contiguïté première. Le procédé très efficace est l'amnésie ; il remplit ici plusieurs fonctions. La période oubliée qu'elle recouvre, donne justement matière à thématiser l'inconcevable, c'est à dire la mort, dont elle représente le prototype dans l'histoire culturelle de tous les peuples. La mise en perspective de la mort avec la période oubliée de l'enfance peut expliquer la fascination de ce "Léthé primitif" et certaines recherches paradoxales de la mort, son assimilation à une jouissance originelle. On la voit à l'oeuvre au coeur de toutes les crises transformatrices dont celle des adolescents qui flirtent si volontiers avec elle. La psychopathologie a reconnu depuis longtemps qu'au fond de la dépression il y a la jouissance, et pendant des décennies, des conduites thérapeutiques profondément régressives : électrochocs et cures de Sackel n'ont-elles pas été amnésiantes en même temps qu'elles miniaturisaient de la mort? Voilà plusieurs siècles Saint Thomas d'Aquin, le Docteur Admirable l'observait, à travers son propre cheminement : la plénitude de la connaissance n'est pas produite à l'être par une seule réalité. Elle l'est, en effet, par les voies antagonistes de la similarité, qui est celle du signe, et de la contiguïté à laquelle nous lie notre façon matérielle de sentir. * * * (Bibliographie) Sur les bases théoriques voir : recherche en psycholinguistique ![]() |
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