La formation de la
conscience humaine et l'activité dirigée vers l'objet. Sur le même thème voir l'animé et l'inanimé dans la genèse du langage chez l'enfant I - À PROPOS DE LA CONTIGUÏTÉ L’action réelle chez l’enfant Sur ce sujet, un psychologue lyonnais, Cl. KOLHER, a introduit en 1965 la notion de geste intentionnel. Cette notion conduit à interroger les procédures de détachement des objets du réel d'abord chez l’enfant qui n’a pas encore de langage (niveau pré linguistique) puis chez l’enfant qui accède à un statut linguistique. Ce concept peut, selon nous, être mis en rapport avec la relation de contiguïté qui pendant la période pré linguistique de l'enfance, occupe une position privilégiée dans les relations avec la réalité distincte. Cl. KOLHER, comme la plupart des auteurs, conçoit chez le nouveau-né une confusion première entre monde extérieur et monde intérieur, puis: "... à partir du troisième et du quatrième mois, la préhension manuelle est une première forme de coordination entre l’espace corporel et l’espace extérieur... la répétition mouvement établit des relations entre impressions visuelles et sensations proprioceptives. Une première ébauche de l’image du corps se développe ainsi, essentiellement morcelée, éparpillée. Sans encore se connaître, l’enfant commence à connaître ses actes; la connaissance de son corps est pratique, utilitaire, fondée sur une expérience sensori-motrice". "... entre le sixième et le neuvième mois, l’enfant sépare l’espace environnant de son propre corps. L’action est encore déterminante pour cette différentiation: l’enfant distingue sa main de l’objet saisi". "... il expérimente la possibilité d’agir sur les objets, en même temps qu’il découvre l’individualité des objets". L’action, selon l'auteur paraît se combiner à l’élément réel pour faire naître l’objet à sa conscience. Cet effet de la "combinaison" d'un élément réel et d'une action réelle nous situe dans les postulats logiques de la contiguïté. Par ailleurs: "L’espace corporel se dessine en face de l’espace ambiant qui s’organise. Dans cette différentiation, l’expérience de la douleur, mal localisée par l’enfant, est moins déterminante que l’acquisition et le perfectionnement du geste intentionnel". L’auteur insiste sur l’importance de l’acte, sur la possibilité d’agir sur les objets et sur le caractère pratique, utilitaire, des tout premiers chemins de la connaissance. À cet âge le nourrisson connaît son biberon mais seulement quand il a faim; repus, un biberon, plein ou vide, ne l’intéresse plus et il s’en détourne. L’objet requis par le besoin En insistant sur le caractère pratique, utilitaire de ses actes Cl. KOLHER fait ressortir que cette activité conduit le nourrisson à individualiser les objets dès lors qu'ils sont requis par le besoin. Par le geste intentionnel, l’enfant découvre, détache les objets du réel, sous l'effet d'une exigence intérieure. Dans le cas du biberon, la faim est cette exigence. La faim n’est qu’un exemple et n'est pas le seul "motif d’action" d’un enfant. On peut dire du nourrisson, comme on l’a dit du "primitif", qu’il ne détache du réel que les objets qui l’intéressent. Corrélativement, tout ce qui reste étranger aux intentions, aux tensions intérieures, tout ce qui n’apporte pas de réponse aux conduites suscitées par le besoin, ne s'inscrira pas dans le réel en tant que constituant de celui-ci. Ce qui n’intéresse pas n'est pas produit à l'être, n’existe pas. Au sens étymologique d’exister (sortir de): ce qui n’intéresse pas ne parvient pas hors du chaos primitif. On ne saurait donc admettre que chaque geste de l’enfant l’amène mécaniquement à détacher un objet, ni concevoir l’enfant comme un organisme perpétuellement excité et faisant automatiquement une moisson d’objet. La réalité doit être vue autrement. Elle est dans la notion de combinaison entre l’action directe et l’élément réel. L’activité dirigée vers un objet ne suffit pas. Par contre s'il advient la réduction d’une tension, c'est à dire une satisfaction, cet objet émerge du réel, vient à la connaissance puis à la reconnaissance de l’enfant parce qu’il a transformé la réalité interne de celui-ci. Une "chose" qui serait manipulée sans produire un tel résultat transformateur ne sera pas détachée du fond du monde. Elle sera indifférente - de in-dis-fere - mot à mot: ne portera pas ailleurs le statut de l’enfant. Elle ne deviendra pas "objet", au sens psychologique du terme. Dans la somme des gestes intentionnel que produit un enfant, certains actes établissent une correspondance entre un besoin et un objet. De ces actes résulte l’émergence d’une catégorie du réel, ce qui ne saurait se produire, quelle que soit l’activité motrice, s’il n’y a pas de besoin ou s’il n’y a pas de "chose". La combinaison des deux, du besoin motivant et de la "chose" (par le geste intentionnel) élabore la réalité distincte. D'une certaine manière, on peut avancer que cet objet, détaché du réel parce qu’il intéresse, est d’abord "à l’intérieur" (inter-esse = être à l’intérieur) Le problème peut être considéré sous un angle un peu différent: l’individualisation de l’objet, son unité, sont unicité, proviennent de la combinaison de l’acte de l’enfant avec un élément du réel, lequel devient, de ce fait "objet". Un élément distinct du monde extérieur devient objet quand il transforme la relation entre l’enfant et l'univers qui l’entoure. L’objet advient quand les processus psychologiques situent à l’extérieur le but ou le motif d’une quête émergée à l’intérieur de l’être. L’objet met en connivence le moi et le monde. Un autre aspect de la question ne doit pas être laissé dans l’ombre. Le nourrisson se meut beaucoup, et par simple besoin de se mouvoir. Mais ce sont les gestes, rendus productifs par l’objet qu’ils suscitent, qui se constitueront en schéma de comportement. Lorsque les gestes sont formés en modes d’activités répétés, ils tendent nécessairement à retrouver l’objet autour duquel l’habitude s’est formée, c'est à dire la "matrice externe d’activité" qui leur a fait prendre forme. Le visage de la mère, un biscuit, l’assiette, les bras qui prennent l’enfant sont les réalités vers lesquelles il se dirige et non les autres choses présentes dans une pièce. Ainsi se peuplera l’univers, au fur et à mesure, que s’élargira la somme des besoins à satisfaire. Plus exactement, au fur et à mesure que s’élargira l’extrême diversité dans les modalités de satisfaction du besoin. Le geste intentionnel, acte non verbal, non codé Une partie des activités du nourrisson ressortit à un comportement inné, encore que la distinction entre comportement inné et comportement acquis soit complexe du fait du phénomène de "l’empreinte" décrit par Lorentz (et confirmé par les recherches ultérieures). Cependant il n’est pas faux de dire que certaines formes, requises par la satisfaction du besoin, sont préformées ou suffisamment tôt formées (programmées): par exemple la saisie buccale du sein maternel et les réflexes de succion. L’animal s’est mieux prêté à l’analyse du comportement inné. Le jeune goéland répond aux "stimulus" tâche rouge que portent les parents sur le bec: cette forme tâche rouge est liée d’une façon particulière aux fonctions alimentaires du jeune, lui appartenant en propre, n’étant permutable avec aucune autre. Elle ne renvoie à aucune autre situation. Elle est fixe et immuable. En ce sens elle a le caractère d’un événement particulier. C’est un stimulus, une forme et un signe non arbitraire, si on veut bien, par ce terme, prendre en compte le lien de fonctionnement non permutable constituée comme un lien intrinsèque. Chacun sait que le bébé réagit à la vue de la maman, au biscuit qu’elle lui tend ou qu’il aperçoit, au biberon. Biscuit, biberon sont par la vue, l'odeur, le tact, des formes auxquelles on prête des caractères arbitraires puisqu’elles pourraient être tout autre. L’enfant apprend à reconnaître, quelle qu’elle soit, la forme biberon, tout à fait indifférente visuellement, qui annonce la tétée. Il existe évidement des gestes intentionnels que l’on peut mettre en rapport avec un comportement inné, lorsqu’ils sont suscités par un stimulus particulier, donc non arbitraire. Mais, même si l’on veut bien accepter la répartition des stimuli en "particulier" et "arbitraire", l’acte lui-même, en tant que réponse, n’a en aucune manière les caractères de l’arbitraire. Ceci est très important, car on peut considérer que cet acte est spontanément dépouillé de toute fonction représentative, de toute valeur signifiante. Il pourra secondairement véhiculer un message, mais secondairement seulement. Ici encore une discrimination est à opérer. Dans son déroulement le geste intentionnel est un acte, une séquence opératoire, visant à développer l’action. Il ne veut pas dire quelque chose. Il est ce qui arrive. Il est ce que l’enfant fait et non le signe de ce qu’il fait. Par le geste intentionnel, l’enfant, qui combine une action réelle à un élément réel, n'émet pas un message: C’est ce qui légitime l'appartenance du geste à la contiguïté. L'imitation de soi-même: premier signifiant Vient un moment où l’enfant parvient a transformer un geste intentionnel en message, dans une activité ludique par exemple. S’il jette un jouet que sa mère doit ramasser sans cesse, ce geste est alors une imitation de soi-même, un "analogon" de comportement: l’enfant imite son geste et/ou le geste d’autrui à d'autres fins que de jeter. Nous sommes alors en présence d’un acte imitatif par lequel l’enfant devient l’agent actif d’une situation. Sous l'apparence gestuelle du jet il obtient la présence maternelle; de même il apprendra à utiliser le cri, non pour obtenir le biberon, mais pour faire venir la mère. Dans les deux cas il transforme le geste intentionnel, acte non verbal, non codé de jet, le geste phonique de cri, en quelque chose s’utilisant comme un code. Nous sommes hors du geste intentionnel, alors que nous en avons les apparences. Mais une différence importante saute aux yeux: L’acte imitatif, même sous les apparences du geste intentionnel n'est pas formateur d’objet. Par contre il génère une forme de communication, une forme de relation entre les êtres ou l'on peut déceler un échange de signe. En fait l’acte imitatif, si important dans le déploiement du psychisme infantile, s’oppose au geste intentionnel comme la similarité s’oppose à la contiguïté. Cette conjonction ne supporte pas la confusion entre besoin du biberon et besoin de la mère. Et cette impossible confusion conduit nécessairement à l’abandon du premier mode d’inscription du geste originel, abandon que l'on pourrait mettre en rapport avec l'amnésie infantile. Cette précision apparaît importante parce que l’utilisation secondaire du geste intentionnel, sous forme de message ou de signe n’enlève rien au fait qu’il existe un stade du développement où ce geste, en sa valeur exclusive d’acte corporel, est une procédure unique de détachement des objets du réel, en même temps qu’un mode privilégié de relation à la réalité distincte, formatrice du monde objectal. Les gestes phoniques Le bébé ne fait pas que gesticuler. Il a une voix et s’en sert. Avant de pouvoir parler, entrer dans le domaine acoustico-verbal, le bébé émet des cris, un verbiage spontané. Parmi les cris et les manifestations acoustico-vocales de l’enfant, certains correspondent spécifiquement à un appel déterminé réclamant une réponse précise et sont assimilables aux gestes intentionnels (pleurs, signaux de détresse). Ils ne sont pas intégrés au langage des adultes, qui a les caractères d’un système codifié. L’adulte perçoit ces gestes phoniques comme une communication à sens unique. Ce verbiage est accepté un temps, avant d’être corrigé par l’éducation qui alignera sur le code dominant les moyens d’expression de l’enfant. Certains mots ne sont-il pas des cas particuliers? Le mot "maman" par exemple paraît être, à l’origine, un geste phonique spontané de l’enfant, acte vocal non codé, mais intégrés secondairement, par l’adulte, dans le système de communication. Résumé Le geste intentionnel, tel que Cl. Kolher le considère, est la première procédure par laquelle l’enfant détache les objets de la réalité qui l’entoure (et dans laquelle il puise les éléments de sa survie). S’il dirige vers sa mère son activité, celle-ci reçoit comme des indices l’animation gestuelle ou phonique de son bébé. Mais chez l’enfant, le motif d’action n’est pas de communiquer un message, il est de donner satisfaction à une réquisition interne par l’action directe. Le geste est intentionnel, mais non le message qu’il peut représenter pour la mère. Pour cette raison on parlera d’indices que recueillerait la mère, mais non de signe qui lui serait adressé. Le geste intentionnel est prépondérant avant que l’enfant ait atteint l’âge de la parole développée que l’on sait congruente au procès métaphorique. Le geste intentionnel n’est pas, en soi, un processus privilégié mais il demeure une procédure exclusive de détachement des objets du réel, donc formatrice de l'univers objectal, véritable socle de l'existence psychique. II - L'ANIMAL ANIMAL ET METAPHORE: L'ABSTRAIT SPONTANÉ Pour qui observe un nourrisson lorsque approche "l'heure de la tétée", l'urgence nutritionnelle est vite reconnue. Dès l'instant où l'enfant a faim, le caractère intentionnel de ses gestes, son agitation, ses cris, témoignent d'une parfaite connivence avec l'objet biberon. Notons qu'un phénomène biologique symétrique et inverses interrompt la tétée sous l'effet des signaux de satiété; ces signaux étant, au même titre que la faim, des régulateurs très précis des conduites nutritionnelles. Le biberon vidé apparaît alors sans intérêt. Mais qu'un chien entre dans le champ de vision du jeune enfant, l'animal, même non menaçant, suscite son attention (et réciproquement) sans être requis par un quelconque besoin. Sans créer d'angoisse, sans être sollicité pour réduire quelque tension de plaisir ou déplaisir ou répondre à quelque pulsion. Le chien est très précocement perçu par l'enfant, et nul ne peut nier que la gent animale ne constitue une catégorie du réel. Mais celle-ci affecte la perception humaine en dehors de toute réquisition provenant d'une pulsion, d'un besoin concret ou d'un motif d'action, comme si elle se détachait spontanément du fond du monde. Quoi de plus étudié en notre époque que le monde animal et ses rapports avec l'espèce humaine? Mais aucune enquête à notre connaissance ne s'est intéressée à cette mise en relation spontanée ni, surtout, à ses conséquences. Lucien Sébag, toutefois, dans une étude sur le mythe de création des indiens Pueblos, souligne une opposition tranchée entre l'émergence du monde animal et celle du monde végétal; il souligne un certain antagonisme entre la réceptivité que suscite l'animal et celle qui est réservée au monde inanimé. Celui-ci, a-t-on dit plus haut, est dépourvu d'intérêt et même d'existence s'il n'a pas fait preuve de son aptitude à satisfaire l'être dans ses besoins biologiques. Mais à la même période précoce du développement infantile, aucun besoin concret ne motive l'attraction qu'exerce l'animal. Certes, chassé ou domestiqué, il intégrera le domaine du besoin, mais secondairement, chez l'adulte et dans l'action sociale, non sans que cela ait eu les conséquences sur le destin des civilisations, des cultures et de la pensée humaine. Ces données ne sont pas présentes dans le jeune âge et l'on peut s'interroger sur le processus perceptif qui entre en jeu chez l'enfant et mobilise son attention. Une raison matérielle peut se trouver dans "l'animation" précisément, c'est-à-dire dans le mouvement. Le vocabulaire semble parler de lui-même, qui donne une vie au dessin "animé" parce qu'il cesse d'être fixe et acquiert le mouvement. Mais la mouvance n'est pas seule en cause. Elle affecte aussi le monde dit inanimé, à la manière des feuilles des arbres ou du feu qui captent temporairement l'attention des enfants. Plus importante est assurément la proximité biologique des espèces, la ressemblance à l'humain dans la mimique, les expressions de joie, de colère, de peur, d'agressivité. Les indices qui les expriment n'ont pas de spécificité zoologique et sont immédiatement interprétables par l'homme comme par l'animal parce qu'ils leur sont communs. La réciproque est évidente: l'animal, son odorat aidant, est immédiatement sensible à la présence humaine ayant à reconnaître s'il s'agit pour lui, selon le cas, d'une proie, d'un prédateur, d'un être indifférent. Cette proximité biologique, voire psychologique, supporte un registre de compréhension entre l'enfant et l'animal, une communication, qui ne résulte pas d'un besoin interne. La réalité inanimée n'est pas spontanément motivante pour l'humain dans les conditions usuelles. Une communication entre le moi et le monde, dans l'ordre de la contiguïté, succède à un besoin humain suscitant une intention, une activité. Il en est tout autrement face à la réalité animale avec laquelle une communication s'installe primitive et externe. Une interaction réciproque et spontanée suffit donc à distinguer l'animé de l'inanimé dans le procès de découverte du réel. L'animal interpelle l'homme, communique, alors que c'est, en première intention, son propre besoin qui dirige l'homme vers l'objet inanimé. On peut dire que l'animal, alter ego zoologique, intègre le vécu de l'enfant sans aucun recours à ce que nous avons décrit dans une autre page sous le nom de geste intentionnel. Il ne sera donc pas formateur d'objet ni de conduite ressortissant à cette catégorie du réel. L'animal offre une forme émergeant d'elle-même du réel, et cela n'est pas consécutif à un état particulier ni corrélé à un moment particulier de la biologie interne de l'enfant, souvent repérée en termes de désir ou besoin, plaisir, déplaisir. C'est en ce sens qu'il faut comprendre Lucien Sébag lorsqu'il affirme à propos de la création des animaux: "il n'y a rien de réel à l'origine". L'animal est perçu sans mobilisation préalable d'une instance nécessitante interne. Il appartient à la réalité distincte en tant que secteur non requis, autonome. Perçu spontanément, il est métaphore si "la métaphore est ce que l'image dit" (Malraux). Existant en dehors de toute nécessité ressentie il est bien selon l'heureuse formule de Gilbert Durand, "l'abstrait spontané" phénomène dont la perception est indépendante de toute mobilisation pulsionnelle préalable. L'animal échappant par là à l'univers de la contiguïté. Ce phénomène est très important dans la mesure où dévoilant le réel en fonction des besoins et désirs humains, la relation de contiguïté ne saurait produire qu'un monde toujours explicatif de lui-même et proposant toutes les caractéristiques de la pensée magique. Ceci n'a pas lieu d'être avec l'univers animal qui, faut-il le préciser, ne tire pas de lui-même cette qualité d'abstrait spontané. Il le doit à une relation psychophysiologique qui s'installe entre lui et l'humain, à une similitude des structures neuropsychologiques, à ce qu'il a de commun avec l'homme. L'expression "proximité biologique" veut indiquer que l'animal, surtout s'il est un mammifère, est doté de conduites et comportements qui sont intelligibles d'une espèce à l'autre. Ces comportements jouent un rôle dans la relation interindividuelle chez les animaux, dans les échanges qu'ils ont entre eux, et aussi entre les animaux et l'homme. Ils véhiculent et transmettent des indices de compatibilité ou d'incompatibilité. Le problème si important de la domestication et de l'apprivoisement des espèces pourrait bien être l'autre face de ce mécanisme. Nous sommes tous à même de comprendre de savoir si tel chat ou tel chien est animé ou non de bonnes intentions, s'il a peur, s'il est menaçant, s'il est en confiance. Nous avons moins conscience que les indications qui retiennent notre attention sont très voisines de nos propres réactions, elles-mêmes captées par l'animal. Mais surtout, au delà de l'expression physique, au delà de ce qui est visible, l'émotion par exemple, dans son retentissement organique, humoral et neurovégétatif, n'est pas différemment constitué dans l'organisme humain et dans celui des mammifères qui nous sont proches. Multiples sont les caractères communs sans lesquels nombre d'études et d'expérimentations auraient été impossibles. Ce qui nous importe, au bout du compte, c'est: 1°) que la relation qui est mise en jeu face à un animal n'est pas construite en réponse à un besoin; 2°) qu'il se constitue néanmoins avec lui un étroit système relationnel ayant la particularité d'émerger sur la base d'une reconnaissance de réactions similaires. Ce que l'animal fait surgir c'est une image de laquelle proviennent des perceptions affectives qui ne peuvent être investies comme les objets puisqu'elles renvoient à ses propres affects le sujet qui les perçoit. La réalité résultante ne provient pas de la circonstance comme il en est de l'objet inanimé. Cette réalité là émerge de l'intériorité même de l'enfant par abstraction de caractères communs. Il est un élément réel qui prend forme par similarité, par l'existence de schémas de comportement communs à l'homme et à l'animal. |
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